J'ai eu un appareil entre les mains depuis l'enfance.
Puis la vie s'est mise en travers, et je l'ai posé. Pendant longtemps. Pas par choix, vraiment, plutôt par dérive. Les années passent, on oublie ce qui nous tenait, on s'habitue à ne plus regarder.
En 2024, je l'ai repris.
Et ce n'était pas juste un hobby qui revenait. C'était une manière de voir.
Ce que la photo a réveillé
Je crois que ce que je n'avais pas compris pendant toutes ces années sans appareil, c'est à quel point j'avais cessé de regarder. Pas seulement de cadrer, ou de chercher des images. De vraiment regarder. Les rues, les gens, la lumière qui tombe à 17h sur un mur, la silhouette de quelqu'un qui attend.
C'est en reprenant la photo que tout ça est revenu. Pas l'inverse.
Photographier ne m'a pas donné un nouveau regard. Photographier a réveillé celui que j'avais avant, et que j'avais laissé s'éteindre sans m'en rendre compte. Une fois qu'il est revenu, il ne s'est pas limité aux moments où j'avais mon appareil. Il est devenu permanent. Une manière d'être au monde, même sans rien dans les mains.
C'est pour ça que je continue. Pas pour les images en elles-mêmes, même si je les aime. Mais pour ce qu'elles m'obligent à voir, à remarquer, à ne pas laisser filer.
Ce que je cherche
Je photographie les rues, la lumière, les moments calmes. Ceux qu'on ne voit pas. Ceux qui passent sans qu'on les remarque.
Mon travail se situe quelque part entre le documentaire et la mode. J'édite peu. Je touche à peine à l'image après. Juste ce qui était là, comme c'était.
Je crois que c'est ça que je cherche, au fond. Garder les choses telles qu'elles étaient. Pas les embellir, pas les recomposer. Juste les voir, et les transmettre comme je les ai vues.
Ce que ça représente, aujourd'hui
Reprendre la photo, ça a été plus qu'un retour à une passion. C'est devenu une manière de me retrouver. Une discipline douce, qui ne demande pas grand-chose. Sortir, regarder, déclencher. Mais qui change tout.
Je marche autrement. Je suis plus lente. Je m'arrête sans raison apparente. Je prends le temps. Et c'est dans ce temps-là que les images arrivent.
Si je devais résumer en une phrase pourquoi je photographie, je crois que ce serait celle-ci : parce que ça m'a ramenée à voir. Et qu'une fois qu'on a recommencé à voir, on ne veut plus s'arrêter.
